Santé des arbres
Chalarose du frêne : reconnaître les symptômes sur votre arbre
Feuilles, rameaux, cime, puis le pied de l'arbre : quatre endroits à regarder dans cet ordre, et le dernier est celui qui compte pour la sécurité.

En bref
La chalarose du frêne se reconnaît d'abord en été : feuilles qui flétrissent, rameaux fins qui virent à l'orangé, extrémités de branches mortes et cime qui se dégarnit d'année en année. Regardez ensuite le pied du tronc : selon l'INRAE, des nécroses en forme de flamme qui semblent monter du sol signalent le stade le plus grave, celui qui fait craindre la chute de l'arbre.
- Le signe le plus visible est dans la cime ; le plus important est au collet, à la base du tronc.
- Selon le DSF (2020), 1 à 3 % des frênes ont une tolérance très élevée et 20 à 30 % restent peu atteints.
- Un frêne très atteint près d'une route, d'une maison ou d'un chemin relève d'un professionnel, pas d'une tronçonneuse de particulier.
La chalarose est la maladie qui a clairsemé les frênes du nord et de l'est de la France depuis 2008. Si la cime de votre frêne s'éclaircit ou si des branches sèchent au bout, ce guide vous dit quoi regarder sur l'arbre, dans quel ordre, et à qui vous adresser. Il ne donne aucun traitement : il n'en existe pas d'efficace, et la décision d'abattre un arbre se prend sur place.
Les symptômes, dans l'ordre où les regarder
Prenez deux minutes, de préférence entre juin et septembre, quand l'arbre est en feuilles.
- Les feuilles. Selon l'INRAE, les feuilles sont la principale porte d'entrée du champignon. Le canton de Vaud décrit le flétrissement du feuillage comme le premier symptôme visible pendant la saison de végétation, suivi du dessèchement de branches.
- Les rameaux. Les rameaux fins infectés deviennent orangés ; les nécroses de l'écorce partent d'un petit rameau ou d'une cicatrice de feuille (INRAE).
- La cime. Ces nécroses coupent la sève : les extrémités des branches meurent et la cime se dégarnit. Le Département de la santé des forêts (DSF) observe que le houppier se dégrade progressivement, année après année, après l'arrivée de la maladie.
- Le collet, au pied du tronc. C'est le signe à ne pas manquer. L'INRAE décrit des nécroses en forme de flamme qui semblent monter du sol ; il faut souvent gratter la mousse pour les voir. Pour le DSF, des nécroses au collet sur des arbres adultes signalent un stade très avancé de la maladie.
- Les champignons au pied. Le DSF note que l'armillaire agit très souvent en parasite secondaire et accélère la pourriture du bois au collet ; l'OFEV décrit des nécroses du collet souvent colonisées par l'armillaire. Des touffes de champignons à anneau au pied d'un frêne malade sont donc un mauvais signe : le guide champignon sur arbre montre à quoi elle ressemble.
Le DSF ajoute un détail utile en été : de petites fructifications blanches apparaissent au sol sur les rachis, les axes des feuilles tombées l'année précédente. Ce sont elles qui libèrent les spores.
Vérifier d'abord que c'est un frêne
Une cime clairsemée ne veut rien dire si l'arbre n'est pas un frêne. Le frêne élevé a des feuilles opposées et composées, avec une foliole terminale, et des bourgeons d'un noir velouté visibles tout l'hiver. Sorbier, noyer, ailante et robinier ont aussi des feuilles composées, mais alternes. La fiche reconnaître un frêne détaille ces signes et les sosies. Le DSF précise que le frêne oxyphylle, l'espèce du Midi aux bourgeons bruns, est lui aussi sensible.
Le collet : le signe qui décide de la sécurité
Les symptômes de la cime et ceux du collet ne racontent pas la même histoire. Un frêne peut perdre des branches pendant des années et rester debout ; une nécrose qui fait le tour du pied le condamne. Pour le DSF, des nécroses bien développées au collet sont un bon indicateur de la mort prochaine de l'arbre, et l'INRAE juge leur examen indispensable pour estimer l'espérance de vie et le risque de chute.
L'OFEV, en Suisse, le dit sans détour : en quelques années, les frênes malades peuvent perdre leurs branches, mourir sur pied ou perdre leur stabilité, et le risque d'une chute inattendue augmente quand une forte défoliation s'ajoute à de l'armillaire au collet. Le canton de Vaud demande une surveillance renforcée des frênes proches des routes, des habitations, des abris et des places de pique-nique dès que la perte de feuillage dépasse 25 %, et considère l'abattage préventif quand plus de 70 % de la cime est desséchée ou quand le pied ou les racines pourrissent.
Ce travail n'est pas pour un particulier. Les deux administrations suisses insistent : abattre un frêne malade est dangereux et doit être confié à du personnel formé aux arbres dangereux.
Pourquoi certains frênes résistent
La chalarose ne tue pas tous les frênes. Le bilan du DSF de juillet 2020 retient plusieurs points :
- La génétique. 1 à 3 % des frênes ont une tolérance très élevée et restent sains, 20 à 30 % restent peu atteints ; ce caractère se transmet en partie à la descendance.
- L'âge. Les jeunes frênes souffrent le plus. Les arbres de plus de 30 à 40 cm de diamètre meurent peu, même après dix ans de maladie, mais poussent moins.
- Le lieu. Les frênes isolés, en lisière ou au bord des cours d'eau, plus exposés au soleil, sont moins infectés que ceux du cœur des forêts humides. Les peuplements où le frêne représente moins de 20 % des tiges restent en assez bon état.
- La chaleur. La croissance du champignon diminue dès 30 °C et il ne survit pas longtemps à 35 °C, ce qui freine la maladie après des étés chauds et dans le sud du pays.
Le DSF en tire une consigne : préserver les frênes sans symptômes, de tout âge. Et il conclut que le frêne n'est pas une espèce menacée de disparition.
D'où vient la maladie, et où elle en est
La chalarose est due à Hymenoscyphus fraxineus (anciennement Chalara fraxinea), un champignon originaire de l'est de l'Asie. Selon le DSF, elle a été signalée en France en 2008 en Haute-Saône, puis a progressé d'environ 60 km par an vers l'ouest jusqu'au Finistère en 2019, et a été détectée dans les Pyrénées en 2020. À la date de ce bilan (juillet 2020), elle était installée dans toute la zone du frêne commun ; seul le pourtour méditerranéen, où domine le frêne oxyphylle, restait indemne. En Suisse, l'OFEV la dit présente partout depuis 2015 et estime que 90 à 95 % des frênes sont touchés (page publiée le 26 janvier 2024).
Qui appeler
- Un arbre de jardin, de cour ou de bord de rue : un arboriste-élagueur, qui examinera le collet et la tenue de l'arbre. S'il penche sur la voie publique, prévenez aussi la mairie.
- Une forêt ou un bois privé : le DSF compte plus de 270 correspondants-observateurs, forestiers de l'ONF, du CNPF ou des services de l'État, qui sont les référents locaux des propriétaires et gestionnaires, selon le ministère de l'Agriculture ; passez par votre gestionnaire ou le CNPF de votre région.
- En Suisse : le service forestier cantonal ; dans le canton de Vaud, les inspecteurs forestiers d'arrondissement et les gardes forestiers se tiennent à la disposition des communes et de la population.
Avec une photo
Une photo aide à garder une trace, pas à trancher. Dans Tree Identifier, l'outil Diagnostiquer donne un premier avis à partir d'une seule photo : un badge de gravité, une cause probable et des pistes de prévention, et vous pouvez poser des questions de suivi sous le résultat. Photographiez le même frêne chaque été, depuis le même endroit, et ajoutez une photo du collet : l'historique et la carte des arbres de Tree Identifier gardent ces photos datées et l'emplacement de l'arbre. Le jour où vous appelez un professionnel, cette série vaut mieux qu'un souvenir. Pour la chalarose et les autres maladies courantes, le guide maladies des arbres donne une vue d'ensemble.
Ce qu'une photo ne permet pas de trancher
- Une photo de la cime ne dit rien du collet : la nécrose au pied, souvent cachée par la mousse, est le signe qui pèse pour la sécurité.
- D'autres causes font flétrir un frêne (sécheresse, blessures, autres champignons) ; seul un examen sur place, parfois une analyse, confirme la chalarose.
- Aucune application ne peut dire si un arbre va tomber : c'est le travail d'un arboriste ou d'un forestier qui voit l'arbre.
Questions fréquentes
Comment savoir si mon frêne a la chalarose ?
Regardez en été : feuilles flétries, rameaux fins orangés, branches mortes au bout et cime clairsemée. Puis grattez la mousse au pied du tronc et cherchez des taches d'écorce morte en forme de flamme qui montent du sol. Seul un professionnel peut confirmer, et juger si l'arbre reste sûr.
Un frêne atteint de chalarose est-il dangereux ?
Il peut le devenir. Selon l'OFEV, les frênes malades peuvent perdre des branches, mourir sur pied ou perdre leur stabilité en quelques années, et le risque de chute inattendue augmente avec une forte défoliation et de l'armillaire au collet. Près d'une route ou d'une maison, faites-le examiner.
Peut-on soigner la chalarose du frêne ?
Cette page ne donne pas de traitement. Le canton de Vaud indique qu'aucun traitement phytosanitaire efficace n'existe, et le DSF recommande de conserver les frênes sans symptômes, car une partie d'entre eux est génétiquement tolérante.
Faut-il abattre tous les frênes malades ?
Non. Le canton de Vaud déconseille l'abattage systématique et l'OFEV recommande de laisser debout le plus de frênes possible pour favoriser les arbres résistants. L'abattage se décide arbre par arbre, pour la sécurité, et se confie à des professionnels formés aux arbres dangereux.
Sources
- La chalarose du frêne : un champignon invasif sous surveillance — INRAE
- La chalarose du frêne, 12 ans après la première détection en France (juillet 2020) — Département de la santé des forêts, ministère de l'Agriculture
- Le Département de la santé des forêts : rôle et missions — Ministère de l'Agriculture
- Dépérissement des pousses du frêne — Office fédéral de l'environnement (OFEV/BAFU)
- Flétrissement du frêne — État de Vaud, Direction générale de l'environnement