Fiche arbre
Reconnaître un orme : les trois ormes d'Europe et l'orme d'Amérique
Une feuille à la base de travers, des dents doubles et une samare ronde à aile plate : le genre se reconnaît vite, l'espèce demande de regarder le pétiole, le fruit et les bourgeons.

En bref
Pour reconnaître un orme, cherchez une feuille alterne, doublement dentée, à la base de travers, puis des samares rondes à aile plate. L'orme de montagne a de feuilles rêches de 8 à 16 cm sur un pétiole de 2 à 7 mm ; l'orme champêtre, des feuilles de 3 à 10 cm sur un pétiole de 5 à 15 mm ; l'orme lisse, des fruits sur des pédicelles de 2 à 5 cm.
- Base de la feuille de travers et dents doubles : c'est un orme. Mesurez ensuite la feuille et son pétiole.
- Fruits et fleurs pendants au bout de longs pédicelles, aile bordée de cils : orme lisse, le seul orme européen pédonculé.
- Des crêtes de liège sur les rameaux de 2 ou 3 ans orientent vers l'orme champêtre.
Les critères en un coup d'œil
- Nom scientifique
- Ulmus minor, U. glabra, U. laevis, U. americana
- Famille
- Ulmacées
- Type
- Feuillu, caduc
- Feuilles
- Alternes, sur deux rangs dans un même plan, à nervation pennée et dents doubles ; base asymétrique, très nettement chez l'orme champêtre et l'orme lisse, faiblement chez l'orme de montagne.
- Orme de montagne
- Grandes feuilles de 8 à 16 cm, plus larges au-dessus du milieu, souvent à 2 à 4 pointes latérales ; dessus rêche ; pétiole court, 2 à 7 mm ; samare de 2 à 3 cm, graine au centre.
- Orme champêtre
- Petites feuilles de 3 à 10 cm, dessus lisse et un peu brillant ; pétiole long, 5 à 15 mm ; samare d'environ 2 cm, graine près de l'échancrure ; rameaux parfois garnis de crêtes liégeuses.
- Orme lisse
- Feuilles de 4 à 12 cm, sans nervures ramifiées dans la moitié supérieure, dents parfois recourbées en crochet ; fleurs et fruits sur des pédicelles de 2 à 5 cm ; aile de la samare ciliée.
- Fleurs et fruits
- Floraison précoce, en mars, avant les feuilles ; petites fleurs rougeâtres en bouquets. Le fruit est une samare : une graine au milieu d'une aile plate et ronde, échancrée au sommet.
- Bourgeons
- Courts, obtus, brun foncé chez les ormes de montagne et champêtre ; élancés, aigus, à écailles brun clair bordées de brun foncé chez l'orme lisse.
- Écorce
- Orme champêtre : vite fissurée, épaisse, à côtes marquées. Orme de montagne : longtemps lisse, puis fissurée en long. Orme lisse : se desquame en plaques, tronc souvent garni de contreforts et de rejets.
- Taille
- Les trois ormes d'Europe peuvent atteindre environ 30 m et vivre de 100 à 500 ans ; l'orme d'Amérique monte jusqu'à 35 m.
L'Europe compte trois ormes indigènes : l'orme champêtre (Ulmus minor), l'orme de montagne (Ulmus glabra) et l'orme lisse (Ulmus laevis). Ils poussent souvent ensemble, en France comme en Suisse romande et en Belgique, et les forestiers eux-mêmes hésitent à les nommer. Au Québec, l'orme courant est l'orme d'Amérique. Reconnaître le genre est simple ; pour l'espèce, il faut comparer plusieurs feuilles, puis le fruit ou les bourgeons.
Reconnaître un orme en trois gestes
1. Regarder la base de la feuille. Les feuilles d'orme sont alternes, disposées sur deux rangs dans un même plan, à nervures pennées et à dents doubles : chaque grosse dent porte une ou plusieurs dents plus petites. Leur base est de travers, une moitié du limbe descendant plus bas que l'autre sur le pétiole. Cette asymétrie est forte chez l'orme champêtre et l'orme lisse, plus faible chez l'orme de montagne.
2. Mesurer la feuille et son pétiole. C'est le meilleur critère sans fleurs ni fruits. Yann Fragnière et ses collègues de l'Université de Fribourg ont réuni tous les critères utiles dans Identification des ormes d'Europe (2022) : grandes feuilles de 8 à 16 cm sur un pétiole court de 2 à 7 mm pour l'orme de montagne, petites feuilles de 3 à 10 cm sur un pétiole long de 5 à 15 mm pour l'orme champêtre, feuilles moyennes de 4 à 12 cm sur un pétiole de 4 à 8 mm pour l'orme lisse. Ils recommandent de ne pas regarder les feuilles des longues pousses ni des rejets vigoureux, qui prennent des formes particulières.
3. Chercher le fruit. Les ormes fleurissent tôt, en mars, avant leurs feuilles. Le fruit qui suit est une samare : une graine logée dans une aile plate et arrondie, échancrée au sommet. Sous un orme au printemps, le sol se couvre de ces petits disques clairs.
Si vous ne pouvez pas atteindre les branches, photographiez une feuille tombée ou une grappe de samares : Tree Identifier propose alors un nom. L'application ne donne pas de liste de sosies, et pour les ormes d'Europe, vérifiez vous-même le pétiole et le fruit avec le tableau ci-dessous.
Orme champêtre, de montagne ou lisse
| Critère | Orme de montagne | Orme champêtre | Orme lisse |
|---|---|---|---|
| Feuille | 8 à 16 cm, plus large au-dessus du milieu | 3 à 10 cm | 4 à 12 cm |
| Pétiole | Court, 2 à 7 mm | Long, 5 à 15 mm | Moyen, 4 à 8 mm |
| Dessus de la feuille | Rêche, poils raides denses | Lisse, un peu brillant | Plus ou moins rêche |
| Nervures ramifiées dans la moitié supérieure | Oui | Oui | Non |
| Fleurs et fruits | Collés au rameau | Collés au rameau | Sur des pédicelles de 2 à 5 cm |
| Samare | 2 à 3 cm, graine au centre | Environ 2 cm, graine près de l'échancrure | 1 à 1,5 cm, aile ciliée |
| Jeunes rameaux | Poilus | Plus ou moins glabres, parfois à côtes de liège | Fins, plus ou moins glabres |
| Bourgeons | Courts, obtus, brun foncé | Courts, obtus, brun foncé | Élancés, aigus, écailles claires bordées de brun |
Ce tableau reprend la grille de Fragnière et al. Les auteurs rappellent qu'une détermination doit s'appuyer sur le plus de critères possible, et que certains jeunes ormes restent difficiles à nommer même avec tous les critères.
L'orme de montagne est le plus répandu et le plus nordique des trois, dans les forêts fraîches aux sols riches. Ses feuilles se terminent souvent par une ou trois longues dents, ce qu'Eric Collin (Cemagref) relève dans Les ormes européens, des espèces mal connues. L'orme champêtre, plus thermophile, colonise les bords de cours d'eau et les haies ; Collin souligne sa remarquable aptitude au drageonnage. Les deux s'hybrident et se recroisent partout où ils cohabitent : les hybrides sont parfois rangés sous le nom Ulmus × hollandica.
L'orme lisse, l'orme qu'on prend pour un autre
L'orme lisse est le plus facile à nommer quand il fleurit ou fructifie : c'est le seul orme européen dont les fleurs et les fruits pendent au bout de longs pédicelles. En hiver, ses bourgeons pointus et orangés le trahissent aussi, note Collin. La fiche d'action du canton de Vaud (2009) ajoute que ses feuilles sont dépourvues de pointes latérales, ce qui le sépare de l'orme de montagne, et que son écorce, crevassée en long, n'est jamais subéreuse, ce qui le sépare de l'orme champêtre. Sur les terrains inondables, les vieux sujets développent des contreforts à la base du tronc.
Sa répartition est mal connue. La fiche technique EUFORGEN le situe en Europe centrale et orientale, de l'Oural à l'est de la France, dans les forêts riveraines en dessous de 300 m surtout ; il est absent des montagnes et tolère mieux l'inondation que l'orme champêtre. Collin le signale pourtant assez fréquemment dans l'ouest et le sud-ouest de la France, dans les vallées de la Loire et de la Garonne, et le long de routes et dans des parcs où il a été planté. Le canton de Vaud écrit que sa distribution en Suisse est mal connue.
La graphiose et les ormes survivants
L'orme de montagne et l'orme champêtre ont particulièrement souffert de la graphiose au cours du XXe siècle, rappellent Fragnière et al. La fiche EUFORGEN précise que la maladie est due à un champignon, Ophiostoma novo-ulmi, transmis par des scolytes qui préfèrent se nourrir sur l'orme champêtre et contaminent rarement l'orme lisse. Des inventaires réalisés en 2009 dans deux populations françaises d'orme lisse ont toutefois montré une contamination localement forte.
Conséquence pratique, selon Collin : quand quelqu'un pense avoir trouvé un vieil orme champêtre résistant à la graphiose, il s'agit très souvent d'un orme lisse. Avant d'annoncer un survivant, regardez donc les pédicelles des fruits et la couleur des bourgeons.
L'orme d'Amérique au Québec
Au Québec, l'orme d'Amérique (Ulmus americana) se reconnaît de loin à sa cime gracieuse et étalée, parfois en parasol, aux branches retombantes. La fiche de Ressources naturelles Canada décrit un arbre jusqu'à 35 m, au tronc garni de contreforts imposants, aux feuilles de 10 à 15 cm assez rugueuses, et à la samare ovale de 8 à 10 mm, ciliée au bord, à l'aile profondément échancrée. Ces cils rappellent l'orme lisse : la fiche EUFORGEN signale que les deux espèces sont proches génétiquement et rangées dans la même section du genre. L'orme d'Amérique fait partie de la Collection de Tree Identifier, le catalogue de 138 espèces qui se remplit au fil de vos identifications.
Le guide identifier les arbres du Québec situe l'orme parmi les autres feuillus de la province.
L'orme en hiver et ses sosies
Sans feuilles, l'orme se lit aux bourgeons alternes, sur deux rangs, et aux rameaux : poilus chez l'orme de montagne, munis de côtes de liège chez certains ormes champêtres, fins chez l'orme lisse. Pour comparer avec d'autres rameaux d'hiver, voyez le guide reconnaître les arbres en hiver.
En feuilles, le charme est le sosie le plus fréquent : sa feuille ovale est elle aussi doublement dentée. La fiche charme ou hêtre montre son fruit porté par une bractée à trois lobes et son tronc cannelé. Le tilleul a aussi une feuille à base de travers, mais en cœur ; la fiche tilleul décrit sa bractée en languette. Si vous voulez revenir voir un orme au moment de ses samares, enregistrez-le avec sa position : la carte de Tree Identifier garde vos trouvailles.
Espèces proches et comment les distinguer
Charme (Carpinus betulus)
Sa feuille ovale est doublement dentée elle aussi, mais son fruit pend sous une bractée à trois lobes et non au milieu d'une aile ronde. Son tronc est cannelé, sans les côtes épaisses de l'orme champêtre.
Noisetier (Corylus avellana)
Feuille doublement dentée et rugueuse comme celle de l'orme de montagne, mais en cœur à la base et portée par un arbuste à nombreuses tiges. Ses fruits sont des noisettes dans une enveloppe frangée, pas des samares.
Tilleul (Tilia)
Base de la feuille de travers, comme chez l'orme, mais le limbe est en cœur et simplement denté. Les fruits ronds pendent sous une languette verte, la bractée, et non dans une aile plate.
Ce qu'une photo ne permet pas de trancher
- L'orme champêtre et l'orme de montagne s'hybrident partout où ils se côtoient : certains ormes portent des caractères des deux et ne se laissent pas nommer avec certitude, même par un spécialiste.
- Les feuilles des longues pousses et des rejets vigoureux prennent des formes particulières : comparez plusieurs feuilles de rameaux ordinaires avant de conclure.
- La pilosité des feuilles et la position de la graine dans la samare ne se voient pas sur une photo de la couronne : photographiez une feuille et un fruit de près.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un orme champêtre ?
À ses petites feuilles de 3 à 10 cm, lisses et un peu brillantes dessus, très asymétriques à la base, sur un pétiole de 5 à 15 mm. Ses samares d'environ 2 cm portent la graine près de l'échancrure de l'aile. Les rameaux de 2 ou 3 ans montrent parfois d'épaisses côtes de liège.
Quelle différence entre l'orme de montagne et l'orme champêtre ?
L'orme de montagne a de grandes feuilles rêches de 8 à 16 cm, souvent à plusieurs pointes au sommet, sur un pétiole court de 2 à 7 mm, et une samare de 2 à 3 cm avec la graine au centre. L'orme champêtre a des feuilles plus petites et lisses sur un pétiole plus long. Les deux s'hybrident.
Pourquoi voit-on si peu de grands ormes ?
L'orme de montagne et l'orme champêtre ont beaucoup souffert de la graphiose au XXe siècle. La maladie est due à un champignon, Ophiostoma novo-ulmi, transmis par des scolytes.
Comment reconnaître un orme en hiver ?
Aux bourgeons alternes, disposés sur deux rangs. Bourgeons courts, obtus et brun foncé : orme champêtre ou de montagne ; rameaux jeunes poilus pour le second. Bourgeons élancés et pointus, à écailles claires bordées de brun : orme lisse. Les crêtes de liège orientent vers l'orme champêtre.
Sources
- Identification des ormes d'Europe (Schweizerische Zeitschrift für Forstwesen 173, 2022) — Yann Fragnière, Nicolas Küffer, Gregor Kozlowski, Université de Fribourg
- Les ormes européens, des espèces mal connues (Forêt Entreprise 175, 2007) — Eric Collin, Cemagref (archive HAL INRAE)
- Orme lisse, Ulmus laevis : fiche technique pour la conservation génétique (EUFORGEN) — Eric Collin, hébergé par le ministère de l'Agriculture
- Fiche d'action no 18 : orme lisse (version 6.1, 16.06.2009) — Canton de Vaud, Inspection cantonale des forêts
- Orme d'Amérique (Arbres du Canada) — Ressources naturelles Canada